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Vieux 22/07/2005, 16h15
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Par défaut Qui a inventé le Cinéma (2)

Qui a inventé le Cinéma (2)



La disparition inexpliquée de Louis Aimé Augustin Le Prince a donné naissance à toutes sortes d’hypothèses, plus ou moins farfelues.
Pourtant, aussi bien Scotland Yard que la Police française, ne se privèrent pas de multiplier les enquêtes et de vérifier toutes les pistes…

Celle d’un accident, l’une des premières à être envisagée, semble à exclure. Même si Le Prince était tombé par la portière et si son corps avait roulé dans quelque endroit inaccessible, ses bagages ne seraient pas partis avec lui.

Une agression ? Le Prince, qui mesurait un mètre quatre-vingt-dix, était de taille à se défendre, de plus personne n’a rien remarqué dans le train qui le transportait.

Un enlèvement ? Hypothèse peu crédible. Quels en auraient été les motifs ? Le Prince ne gênait aucun concurrent.

Dans son ouvrage « Les origines du cinématographe » de 1928, Georges Potonniée avance une autre hypothèse sur la disparition de l’inventeur. Il cite les propos du petit-fils du frère de Le Prince, qui a été le dernier à le voir vivant : « Louis Aimé Augustin Le Prince s’est suicidé, affirme-t-il, car il était au seuil de la faillite. Mon grand-père, ajoute-t-il, était convaincu que son frère s’était supprimé, qu’il avait préparé sa disparition de telle sorte que son corps ne soit jamais retrouvé ».
Jacques Deslandes a repris cette hypothèse dans son « histoire comparée du cinéma », parue en 1966.

Cependant cette hypothèse ne tient pas la route, à tel point que Potonnier lui-même a été amené à écrire, en 1931, dans le Bulletin de l’Association des ingénieurs et techniciens du cinéma : « Depuis quarante ans, malgré les enquêtes entreprises, le mystère est demeuré impénétrable. Un silence absolu et définitif s’est fait sur Le Prince.
L’hypothèse du suicide ne peut pas être prise en compte, parce qu’il aimait tendrement sa femme et ses enfants, et contrairement à ce qu’affirma son frère, ses affaires étaient prospères. De plus, ses inventions, qui lui tenaient à cœur, réclamaient sa présence en Angleterre. Il n’avait donc aucune raison de disparaître ».

Curieusement, Jacques Deslandes continuait à affirmer, en 1966, que sa disparition était volontaire et qu’elle était causée par des raisons d’ordre financier et des convenances familiales.
Raisons d’ordre financier ? Il a été prouvé qu’elles étaient fausses.
Convenances familiales ? Que veut-il dire par là ? Pierre Gras, Conservateur en chef de la Bibliothèque publique de Dijon, montra en 1977 à Léo Sauvage une note prise lors de la venue d’un historien connu (il ne donne pas son nom) qui avait déclaré : « Le Prince est mort à Chicago en 1898, disparition exigée par sa famille pour cause d’homosexualité ». Il est bien évident qu’il n’y a pas l’ombre d’une preuve à l’appui d’une telle assertion.

Que conclure, sinon que peut-être les spécialistes de l’histoire du cinéma n’ont pas poussé leurs investigations assez loin.
En 1967, Jean Mitry, dans son « Histoire du cinéma », a été le premier à avancer une hypothèse plausible. Il s’est demandé si Le Prince avait bien pris le train à Dijon, le 16 septembre, pour se rendre à Paris.
S’il avait vraiment eu l’intention de disparaître, quelle qu’en fut la raison, il aurait procédé autrement… à Bourges, il aurait quitté ses amis en feignant de partir pour Dijon, puis il se serait perdu dans la nature. Il aurait pu aussi aller à Bordeaux ou à Marseille, s’y embarquer sur un paquebot et ne plus jamais donner signe de vie. Or, Le Prince est bien allé à Dijon, a rendu visite à son frère, qui a confirmé l’avoir vu.
Mais curieusement, on n’a trouvé personne qui l’ait aperçu dans le train, ou à la gare.
Le petit-fils du frère d’Augustin Le Prince affirme que ce dernier était convaincu que son frère voulait se supprimer et même qu’il avait préparé son suicide. S’il en était ainsi, pourquoi n’a-t-il rien fait pour l’empêcher de réaliser son funeste projet ? Pourquoi n’a-t-il pas avertit la police à temps ?
Le témoignage qu’il a apporté plus tard n’avait-il pas pour but d’égarer les recherches en faisant en sorte qu’elles commencent à la gare et non pas dans la maison où Le Prince avait séjourné ?
Jean Mitry formule donc son hypothèse ainsi : En dépit des apparences, Le Prince n’a jamais pris le train à Dijon pour Paris : il a été enlevé ou supprimé pour de sordides questions d’intérêt.
Un autre historien du cinéma, Léo Sauvage, reprend un peu plus tard cette hypothèse encore plus clairement : ce ne sont pas les apparences qui sont trompeuses, mais les informations et les informateurs, ce qui nous permet d’imaginer dans quel cadre sinistre le drame a pu se dérouler.

D'après la revue polonaise Kino (novembre-décembre 1989)