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| Jean-Pierre Beauviala, créateur des caméras Aäton ![]() Jean-Pierre Beauviala En 1967, Jean-Pierre Beauviala, jeune et brillant ingénieur, maître-assistant en électronique à l'université de Grenoble et passionné de cinéma, conçoit le projet de tourner un film : raconter la place des hommes dans la ville… Ayant constaté que le matériel correspondant à son projet tel qu'il l'imagine n'existe pas, il entreprend de le fabriquer. Il construit donc un prototype, dont la principale nouveauté consiste à donner aux prises de vues et de son une référence unique : l'heure à laquelle ces images et ces sons ont été captés s'inscrit en clair sur la pellicule et sur la bande magnétique. Ce procédé permet de retrouver ensuite la simultanéité d'événements que la technique de tournage oblige à disjoindre. Il ne révolutionne pas seulement les conditions pratiques de réalisation et de montage, il dépasse l'une des frontières auxquelles se heurtait le cinéma moderne. ![]() Le marquage du son sur un négatif super-16 ![]() Le marquage en clair (à gauche, un schéma de Beauviala) Les responsables du premier fabricant de caméra, Eclair n'ont pas plus tôt vu des photos de ce qu'a fabriqué Beauviala, en bricolant une Arriflex, qu'ils l'engagent comme ingénieur-conseil… Ils ne se soucient pas des enjeux politiques et esthétiques qui ont donné naissance au prototype, mais de la virtuosité de sa réalisation. Chez Eclair, qui fabrique les caméras conçues par André Coutant, Beauviala mettra notamment au point la première caméra 16 mm légère, avec prise de son intégrée. Plus tard, alors qu'Eclair est racheté par un producteur anglo-saxon (Harry Saltzman, enrichi par les James Bond) en même temps que Debrie, Beauviala s'installe à son compte, toujours à Grenoble. ![]() Aäton, à Grenoble Il n'a pas d'argent, mais il a des idées, et des amis. Il a surtout l'idée de travailler en fonction des besoins de ses amis cinéastes. Le plus connu parmi les Français étant Jean Rouch, susceptible à la fois de préciser les demandes d'un documentariste chevronné et de faire connaître à l'extérieur les découvertes de la toute jeune société Aäton. Parmi ces amis précieux, il y aura aussi la fine fleur du documentaire militant américain (Pennebaker, Leacock, les frères Maysles, Barbara Copple), et encore Louis Malle, Jean-Luc Godard, Félix Guattari... Mais aussi des techniciens et des ingénieurs, pour la plupart rencontrés chez Eclair, et qui, tentés par l'ambition et l'esprit de cette aventure, rejoignent Beauviala à Grenoble. Malgré son ignorance des règles élémentaires de la gestion, la créativité de cette équipe et le prestige de ceux qui l'appuient convainquent les financiers d'investir dans cet atelier, bien qu'on y remette en cause les plus fondamentales notions de hiérarchie et de discipline d'entreprise. Deux projets concurrents vont à la fois stimuler et disperser les forces du groupe : - D'une part une "caméra de brousse", aussi simple et robuste que possible et capable d'utiliser du matériel et de la pellicule de récupération. ![]() Caméras Aäton en boîtes de conserve - D’autre part, la mise au point une caméra 16 millimètres, dite du chat sur l'épaule… Une caméra intelligente, conforme aux contraintes physiques comme aux besoins techniques du cinéaste, légère, rationnelle, ergonomique. Et avec le fameux marquage en temps universel. ![]() Le chat sur l'épaule Destinée à modifier les conditions de travail de tous les usagers, elle présente, aussi, des perspectives commerciales bien plus prometteuses pour une entreprise en permanence au bord du dépôt de bilan… Aäton va travailler simultanément sur les deux idées, jusqu'à la mort accidentelle de Carson en 1974. Mais le "chat sur l'épaule", qui a la préférence de Beauviala, progresse le plus vite, et séduit bientôt opérateurs, techniciens et acheteurs de la B.B.C., de la télé suédoise, puis de la S.F.P. et de la première chaîne : dès 1971, la première maquette de la caméra 16 millimètres, qui sera effectivement livrée en 1973, présente des qualités inconnues de maniabilité, de fiabilité et de précision. ![]() Une Aäton 16 mm Aäton semble alors promis à un bel avenir. Mais en 1974-1975, les lois qui dominent la société vont rattraper l'expérience doublement pilote de Beauviala, dans le domaine technique sur lequel il travaille et dans l'organisation différente de la production qu'il a tenté d'initier. La société grenobloise tangue dangereusement, mais ne coule pas. Mieux, les caméras qui sortent de ses ateliers sont désormais équipées d'une reprise vidéo permettant de suivre sur un écran ce que filme la caméra. Le procédé est déjà par lui-même riche de potentialités ; mais, pour le mettre au point, Beauviala s'est livré à des recherches de miniaturisation, qui lui ont permis d'inventer une autre caméra : une caméra vidéo celle-là, baptisée « la Paluche » et qui possède l'apparence et la maniabilité d'un micro au bout de son fil. Jean-Pierre Beauviala finira par réaliser ce qui avait été son objectif de départ, le marquage en clair du temps sur la pellicule et sur la bande-son. En modifiant les conditions de tournage en équipe légère, et le montage, il permet à des équipes travaillant dans des conditions de reportage ou d'enquêtes de ne plus être obligées de suivre les normes élaborées pour le 35 millimètre en studio. Un procès intenté par Arriflex entraînera, en février 1985, le dépôt de bilan d'Aaton, qui renaîtra néanmoins de ses cendres. Voici ce que Jean-Pierre Beauviala précisait lui-même sur cette triste affaire : « La caméra Aäton était très prisée dans les milieux du cinéma documentaire et auprès des grandes chaînes de télévision. Forts de cette réputation, nous pensions que notre avance technologique allait nous permettre de supplanter nos concurrents de façon définitive. Côté Eclair, c’était la haine car Aäton grignotait leur marché 16 mm… Côté Arri c’était pire encore. Arnold et Richter (c’est le vrai nom de la firme allemande) nous accusait d’avoir copié le viseur pivotant de leur SR. Nous étions donc au début d’une guerre qui a duré sept ans et qui elle aussi s’est achevée par l’arrivée des américains. Pourtant, pas complètements idiots, nous avions proposé à Arri d’échanger notre marquage du temps contre contre leur brevet de rondelle à la graisse de haricot. Bêtement, je croyais que le monde entier allait se précipiter sur le marquage du temps. Plus tard, le plus célèbre constructeur de caméras 35 mm, Panavision, achetait la license du « Film Data Track », c’est le nom que j’avais donné au code Aäton, à l’époque… Au début, les caméras étaient marquées « Panavision Film Data Track », mais maintenant on peut y lire « Panavision’s Aäton Code ». ![]() Mention Aäton Code sur une caméra Panavision Plus tard, à la demande de Jean-Luc Godard, Jean-Pierre Beauviala et son équipe ont mis au point une caméra 35 mm, à peine plus grosse qu’une Super-8 et toute une série de 35, dont une 3-perfs (qui fait défiler la pellicule sur trois perforations au lieu de quatre, ce qui permet une économie substantielle, tout en supprimant la barre noire qui sépare les images avec le format panoramique). ![]() Principe du 3-perfs Le 16 mm étant pratiquement abandonné au profit du Super-16, Aäton a mis au point des modèles très perfectionnés adaptés à ce format, dont la caméra super-16 la plus légère du monde : la A-Minima. ![]() La A-Minima ![]() La A-Minima sous un autre angle |
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| merci mcr pour cette lecture passionnante ![]() |
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| Mots-clés: aaton, beauviala, cameras, createur |
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